
Peut-on remplacer un chercheur par un autre ?
Petites histoires de science est un podcast de l'Académie des sciences, proposé par Étienne Ghys, Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences.
Pour Ana-Maria Lennon, l'idée qu'un chercheur pourrait facilement passer d'une discipline à une autre proche, par exemple de l'immunologie à la neurobiologie, est fausse : c'est comme demander à un neurochirurgien de devenir obstétricien. L'expertise d'un chercheur se construit progressivement, tout au long de sa carrière. Elle reste toutefois favorable à l'interdisciplinarité : son travail avec des physiciens lui a par exemple appris à rechercher des explications plus simples, avec moins de paramètres, face à la complexité croissante de l'immunologie. Selon elle, la formation d'un biologiste doit rester large, mathématiques, physique, chimie, avant de se spécialiser.
Du « mandarin » aux petites équipes autonomes
Ana-Maria Lennon décrit un changement dans l'organisation des laboratoires de biologie : le système du « grand patron » ou « mandarin », qui dirigeait seul un laboratoire entier, a laissé place à de petites équipes d'un ou deux chercheurs, entourés d'étudiants, post-doctorants et techniciens, un modèle largement inspiré du système américain. Anna-Maria Lennon dirige ainsi son propre laboratoire en co-direction avec une autre chercheuse. Elle pointe toutefois un problème majeur : le coût croissant de la recherche en biologie : 20 000 euros par an et par personne, hors salaire, dans son laboratoire, qui oblige à solliciter sans cesse des appels d'offres de plus en plus spécialisés, au détriment parfois de l'expertise propre de chaque chercheur.