
Qui était Paula Padani ? Danseuse oubliée, une vie entre nazisme et exil
Historienne de la danse, Laure Guilbert est correspondante de l'Académie des beaux-arts depuis 2025.
Paula Padani est une danseuse que l'histoire a presque oubliée. Formée dans l'Allemagne des années 1920, au cœur de la révolution de la danse moderne, elle en est chassée parce qu'elle est juive. Elle reconstruit alors sa vie et son art en exil, en Palestine notamment, puis dans les camps de rescapés de l'après-guerre, où elle danse pour aider les survivants à retrouver leur dignité. Son parcours traverse ainsi la modernité artistique, le nazisme, l'exil, la réparation et la transmission. Historienne de la danse, Laure Guilbert a travaillé sur les années 1930 et 1940 en Europe centrale. Membre correspondant de l'Académie des beaux-arts depuis 2025, elle revient sur la vie de Paula Padani.
La rupture de l'école Wigman
En 1932, Paula Padani rejoint l'école de Mary Wigman à Dresde, en Allemagne, alors haut lieu de la danse moderne en Europe. Deux ans plus tard, malgré des examens brillamment réussis, l'établissement lui refuse son diplôme : elle est juive. Seule de sa fratrie restée en Allemagne, orpheline de père et de mère, Paula Padani doit, à vingt ans, envisager l'exil.
Une danse de l'exil et de la reconstruction
Florence, Athènes, puis une entrée en Palestine mandataire en 1936 : l'exil de Paula Padani est un long périple à travers l'Europe et le Proche-Orient. Loin de l'effacer, cette errance forge son art, nourri des rythmiques méditerranéennes et de la culture juive d'Orient. Laure Guilbert retrace comment cette « modernité juive » accompagne la danseuse à Tel Aviv, où elle ouvre sa propre école et devient une figure de la scène palestinienne.
Danser pour les rescapés des camps de personnes déplacées
En 1947 et 1948, Paula Padani sillonne une soixantaine de camps de personnes déplacées en zone d'occupation américaine, dans le cadre des « tournées morales » organisées par l'American Joint Distribution Committee. Devant plus de 140 000 spectateurs, elle danse pour redonner dignité et espoir aux survivants de la Shoah. Laure Guilbert raconte cette rencontre exceptionnelle entre une artiste porteuse de la modernité juive d'Europe centrale et des rescapés d'un monde englouti.
Laure Guilbert est l'auteure de l'article « Paula Padani, une danse sur le fil de la vie : Hambourg, Tel-Aviv, Paris » dans la revue Archives juives, ici.
