Nicolas Poussin, le plus grand peintre français de tous les temps ?

Pierre ROSENBERG
Avec Pierre ROSENBERG de l’Académie française,

Il est souvent décrit comme un peintre difficile, moins populaire que ses contemporains. Pourtant, Nicolas Poussin est, aux yeux de l'historien de l'art Pierre Rosenberg, de l’Académie française, le plus grand peintre français de tous les temps, non pas du seul XVIIe siècle. Pour comprendre ce que cache cette réputation de peintre difficile, Pierre Rosenberg et sa collaboratrice Christel Dupuy ont consacré des années à un catalogue raisonné de l'œuvre peint : quatre volumes, près de 300 œuvres recensées, plus de 1 700 pages. Un monument d'érudition dans un genre exigeant, aujourd'hui quelque peu délaissé au profit des monographies et des surinterprétations, mais qui demeure l'instrument irremplaçable pour établir, œuvre après œuvre, ce que Poussin a vraiment peint.

Un peintre de la pensée, pas du coup de pinceau

Ce qui distingue Nicolas Poussin de ses grands contemporains (il n'a ni la violence de Caravage, ni la virtuosité de Rubens, ni l'humanité de Rembrandt), c'est une ambition d'une tout autre nature : celle de faire de la peinture le lieu des grandes questions humaines. La providence, le destin, la mort, l'amour : autant de sujets que Nicolas Poussin entendait traiter mieux que les écrivains eux-mêmes. Dans Éliézer et Rebecca, une jeune femme à la cruche regarde le spectateur droit dans les yeux : elle est l'intermédiaire entre la scène peinte et celui qui la contemple, lui signifiant qu'il est lui aussi acteur du tableau. Dans Les Bergers d'Arcadie, l'ombre d'une faux se dessine discrètement sur le tombeau, rappel voilé d'une mort qui peut surgir à tout moment. Nicolas Poussin lisait Montaigne, s'entretenait avec les cardinaux érudits à Rome sur les rapports entre peinture, poésie et musique. Ses tableaux se regardent lentement, longuement.

Un catalogue, et bientôt un musée

Ce catalogue raisonné n'est pas seulement un exercice d'érudition : il est aussi une mise au point. Contre les attributions douteuses, les copies prises pour des originaux, les pastiches mêlés à l'œuvre authentique, Pierre Rosenberg reconstruit patiemment le squelette de Nicolas Poussin, os par os. Il retrace également l'évolution d'une pensée : le jeune Poussin place l'homme au centre de compositions tourmentées ; le Poussin vieillissant laisse la nature prendre toute la place, reléguant l'humain au rang de passant provisoire dans un monde qui le dépasse, jusqu'au Déluge, son ultime tableau, figuration de la fin du monde. Ce travail de toute une vie annonce un projet plus vaste encore : l'ouverture, au printemps 2028, du Musée du Grand Siècle à Saint-Cloud, où Pierre Rosenberg donnera l'intégralité de sa collection de tableaux et dessins. Un geste de transmission rare, couronné par la création d'un Centre d'études Nicolas Poussin, voué à perpétuer chaque année, par un colloque, la recherche sur la peinture française du XVIIe siècle.

Le Musée du Grand Siècle ouvrira ses portes au printemps 2028. 

Et in Arcadia ego (deuxième version), Nicolas Poussin, huile sur toile, 85 × 121 cm, vers 1638, Musée du Louvre.
Eliézer et Rébecca, Nicolas Poussin, huile sur toile, 1648, 118 × 197 cm, Musée du Louvre.

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