Monet à la gare Saint-Lazare : un peintre face à l’architecture de fer

Pierre-Antoine GATIER
Avec Pierre-Antoine GATIER
Membre de l'Académie des beaux-arts

Cent ans après sa disparition, Claude Monet est partout : des expositions, des conférences et des festivités se succèdent toute l’année. Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des monuments historiques, membre de l’Académie des beaux-arts et directeur du musée Marmottan Monet à Paris, propose de le découvrir autrement. Pas le Monet de Giverny, du jardin et des nymphéas, mais celui de la gare Saint-Lazare, à Paris, emblème de l’architecture de fer née au XIXe siècle : en 1877, il en a fait le sujet d’une douzaine de tableaux, sa toute première série. Avec son regard d’architecte, Pierre-Antoine Gatier retrouve dans chacun d’eux un même motif : le pont de l’Europe, ouvrage métallique aujourd’hui disparu. Il explique aussi comment l’Académie des beaux-arts est devenue, en 1966, la gardienne de l’héritage de Monet : son fils Michel lui a légué à sa mort la maison de Giverny et les œuvres du peintre.

L’architecture de fer, du Moyen Âge à la révolution industrielle

On croit souvent que le fer est apparu en architecture au XIXe siècle, avec la révolution industrielle. Il est en réalité bien plus ancien. Dès le XIIIe siècle, les grandes cathédrales de pierre contiennent du fer, utilisé comme renfort. Il en va de même plus tard, à la façade du Louvre ou au Panthéon : ces monuments, que l’on regarde comme des architectures de pierre de taille, associent la pierre à des renforts métalliques. Ce matériau, qui résiste à la traction, c’est-à-dire qui résiste quand on le tire, reste alors caché dans la maçonnerie. Le XIXe siècle change tout : le fer et la fonte deviennent visibles et incarnent la modernité. Les grands bâtiments des expositions universelles sont construits en métal, comme plus tard la tour Eiffel et la verrière du Grand Palais.

Monet à la gare Saint-Lazare : un peintre de la ville moderne

Pierre-Antoine Gatier explique pourquoi Monet s’intéresse à Saint-Lazare. C’est la plus ancienne gare de Paris et la plus importante du XIXe siècle. C’est aussi la gare qu’il prend pour aller à Argenteuil, où il habite. Les impressionnistes peignent en plein air, mais ils s’y rendent en train : Rouen, Le Havre et Argenteuil sont desservis depuis Saint-Lazare. En 1877, Monet réalise une douzaine de tableaux de la gare en trois mois environ, pour la troisième exposition impressionniste. C’est sa toute première série, avant celles des cathédrales et des nymphéas. Pour Pierre-Antoine Gatier, ces tableaux prolongent ses ponts métalliques d’Argenteuil, peints après la défaite de 1870 : le fer y symbolise l’espoir d’une société qui se reconstruit, et le choix d’un artiste profondément républicain.

La série de 12 tableaux de Claude Monet, variations autour de la Gare Saint-Lazare et du Pont de l'Europe, 1877.

Le pont de l’Europe, fil conducteur de la série

Dans tous les tableaux de la série, on aperçoit, au fond ou dans un coin, le pont de l’Europe. Cet ouvrage métallique, construit dans les années 1860, enjambait les voies de la gare. Il n’existe plus : il a été remplacé dans les années 1930 par un pont en béton armé, qui reprend exactement son empreinte. Les carnets de croquis de Monet, conservés au musée Marmottan Monet, permettent de suivre son parcours dans la gare. Ces croquis montrent aussi que Monet préparait ses tableaux, contrairement à l’image d’une peinture spontanée, faite sur le motif. 

Claude Monet, Le Pont de l’Europe, gare Saint-Lazare, 1877,huile sur toile, 65 x 81 cm. Paris, musée Marmottan Monet <br /> © Musée Marmottan Monet (Paris)
Hélios photographe, Le Pont de la place de l’Europe vu de la gare Saint-Lazare, 8ème arrondissement, Paris, 1868, tirage sur papier albuminé. © Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

Lire l'article de Pierre-Antoine Gatier, extrait de la Lettre n°104 de l'Académie des beaux-arts : Monet, la gare Saint-Lazare et l’architecture de fer

Pierre-Antoine Gatier est directeur du Musée Marmottan Monet à Paris. En savoir plus sur le musée ici. 

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