L’histoire du Palais Bourbon : de la demeure d’une fille de Louis XIV à l’Assemblée nationale

Emmanuel MAURY
Avec Emmanuel MAURY
Correspondant

On dit « le Palais Bourbon » pour désigner l’Assemblée nationale, sans toujours penser que ce nom renvoie à l’une des plus grandes dynasties royales de France. Avant d’accueillir les 577 députés, ce haut lieu de la République a d’abord été la demeure d’une fille de Louis XIV, puis le siège de l’École polytechnique et des premières archives nationales. Emmanuel Maury, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, en connaît bien les coulisses : ancien administrateur de l’Assemblée nationale, il a dirigé sa bibliothèque de 2015 à 2018. Dans Le Roman du Palais Bourbon, il raconte trois siècles d’une histoire à la fois architecturale et politique, de la duchesse de Bourbon aux débats qui ont agité l’hémicycle.

Un palais princier dans les marécages

À l’origine du Palais Bourbon, il y a Louise-Françoise, duchesse de Bourbon, fille de Louis XIV et de Madame de Montespan. Au début des années 1700, elle choisit de bâtir sur la rive gauche, dans un endroit désert et marécageux, où l’on ne trouve que quelques bâtisses aux noms évocateurs, comme la Grenouillère. Elle y fait construire un palais à l’italienne, dans le style du Grand Trianon de Versailles, qu’on surnomme bientôt « le Grand Trianon de Paris ». Son choix lance la mode du faubourg Saint-Germain. Pour garder près d’elle son amant, le comte de Lassay, elle fait aussi édifier l’hôtel de Lassay, relié au palais par un souterrain. L’hôtel, qui a très peu changé depuis le XVIIIe siècle, est aujourd’hui la résidence du président de l’Assemblée nationale.

Louise Françoise de Bourbon, mademoiselle de Nantes, par François de Troy, Museu Nacional d'Art de Catalunya. Crédit : Google Arts & Culture.
Dessin, plan du Palais-Bourbon avant son achèvement. 1723. Crédit : Gallica.

De la Révolution à l'hémicycle

Après la Révolution, le prince de Condé, petit-fils de la duchesse, s’exile et le palais est confisqué. Il abrite notamment l’École polytechnique et les premières archives nationales, avant que le Conseil des Cinq-Cents ne s’y installe en 1798. Au retour de la monarchie, le prince de Condé veut récupérer son bien, mais l’Assemblée ne peut plus en être chassée : un arrangement est trouvé et le palais ne sera cédé à l’État que par étapes. L’hémicycle actuel date de la monarchie de Juillet. Sa forme en demi-cercle, explique Emmanuel Maury, vient du docteur Guillotin, député du Tiers État, qui s’inspirait des salles de dissection, où l’on entend bien et où chacun voit tout le monde.

L’hémicycle de l’Assemblée nationale, au palais Bourbon, à Paris. La salle actuelle, achevée en 1832 sous la monarchie de Juillet, est l’œuvre de l’architecte Jules de Joly, qui a refondu celle de 1798. Crédit : Assemblée Nationale.
Plan actuel du Palais-Bourbon. Source : Assemblée Nationale.
Vuë perspective des réjouissances faites sur l'eau pour la publication de la Paix vis-a-vis le Palais de Bourbon à Paris. N° 130.<br /> Éditeur : A Paris chez J. Chereau rue St Jacques au dessus de la Fontaine St Severin aux 2 colonnes n° 257 [ca 1790]<br /> Date d'édition : 1790. Source : Gallica.

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