Les Siegfried, histoire d'un couple de collectionneurs
Faut-il être historien de l'art pour bâtir une collection reconnue ? L'histoire de Jacques et Thérèse Siegfried prouve que non. En 1886, ce couple parisien achète le château de Langeais, en Touraine, alors vide et tombé dans l'oubli, et consacre le reste de sa vie à y rassembler l'une des plus belles collections de tapisseries et de mobilier de la fin du Moyen Âge en France. Le médiéviste André Vauchez, conservateur du château de Langeais et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, et Anne-Claire de Poulpiquet, conservatrice des collections de l'Institut de France, reviennent sur l’histoire de ces amateurs éclairés qui ont su reconstituer tout un art de vivre, avant de léguer ce trésor à l'Institut de France.
André Vauchez est médiéviste, conservateur du château de Langeais, et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Anne-Claire de Poulpiquet est conservatrice des collections de l'Institut de France.
Qui étaient Jacques et Thérèse Siegfried ?
Jacques Siegfried naît en 1840 à Mulhouse, dans une famille protestante alsacienne. Homme d'affaires réputé, banquier et grand voyageur, il choisit la nationalité française après l'annexion de l'Alsace. En 1872, il épouse Thérèse Nègre, issue d'une famille protestante du Gard. Le couple partageait une même fascination pour le Moyen Âge. C’est ce coup de cœur commun qui les conduit, en 1886, à acquérir le château de Langeais.
Le château de Langeais et sa collection
Édifié à partir de 1465 par Louis XI pour se prémunir des grands vassaux, le château de Langeais reste surtout connu pour avoir accueilli, en 1491, le mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, un événement décisif dans le rattachement de la Bretagne au royaume de France. Lorsque les Siegfried l'achètent en 1886, l'édifice est en bon état mais entièrement vide. Le couple va alors, pendant une vingtaine d'années, y reconstituer un véritable décor d'époque : tapisseries, mobilier italien et germanique, boiseries, une fresque lombarde de 1522, un cycle de tapisseries des Neuf Preux ou encore une châsse-reliquaire du XIIIe siècle. Conseillés par l'architecte Lucien Roy et animés d'une démarche méthodique (ils consignaient soigneusement chaque acquisition dans des inventaires manuscrits), les Siegfried n'hésitaient pas à mêler pièces anciennes et copies fidèles, dans un seul but : recréer la cohérence d'ensemble d'une époque. En 1906, le couple lègue le château et ses collections à l'Institut de France.
Un colloque pour redécouvrir cette collection
Les 29 et 30 septembre prochains, un colloque scientifique organisé à Langeais proposera une quinzaine de conférences autour de cette collection. Le programme s'articule en deux temps : un premier volet reviendra sur le couple lui-même, avec une attention particulière portée à Thérèse Siegfried, dont le rôle a longtemps été minoré dans l'historiographie malgré son implication réelle dans les choix esthétiques du château ; un second volet sera consacré à des pièces de la collection, notamment les cycles de tapisseries, ainsi qu'aux restaurations récentes qui permettent d'approfondir la connaissance de ces objets.
S'inscrire gratuitement au colloque.
Les collections du Château de Langeais, de 1886 à nos jours Colloque scientifique – 29 et 30 septembre 2026
À l’automne 2026, l’Institut de France consacre un colloque scientifique à la collection réunie par Jacques et Thérèse Siegfried au Château de Langeais. Pendant deux journées, historiens, historiens de l’art, conservateurs et restaurateurs exploreront la richesse de cet ensemble patrimonial à travers les recherches les plus récentes. Les interventions porteront sur la provenance des œuvres, leur origine, leur iconographie, leur datation ou encore leur attribution. Ces enquêtes s’appuient notamment sur un registre de 1903 soigneusement préparé par Jacques Siegfried et sa fille Agnès, document de référence qui continue aujourd’hui d’éclairer la connaissance des collections. En savoir plus.