L’école de demain : ce que propose l’Académie des sciences
Un élève qui entre en sixième cette année aura 22 ans en 2037, dans un monde où beaucoup de métiers n’existent pas encore. Son école aura-t-elle changé d’ici là ? Il le faudrait, selon le rapport de l’Académie des sciences publié fin septembre, « L’École, un héritage à transformer », fruit de trois ans de travail et de plus de 200 auditions. Pour l’Académie, le système est à bout de souffle : les parcours sont rigides, et les enseignants voient leurs missions s’élargir sans que leur métier soit mieux accompagné ni mieux reconnu. Le rapport propose un cap à l’horizon 2037, décliné en quinze objectifs. L’école doit s’adapter à chaque élève plutôt que l’inverse, former aussi aux compétences psychosociales et mieux reconnaître le métier d’enseignant, en temps comme en salaire. Laure Saint-Raymond, mathématicienne, professeure au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, a piloté ce travail. Elle en détaille les propositions, leur coût, et la manière de les porter dans le débat avant la présidentielle de 2027.
Une école qui s’adapte à chaque élève
Le rapport place l’élève au centre du système scolaire. Laure Saint-Raymond explique que l’école française fonctionne selon un cadre commun, que chaque élève doit suivre, alors que les besoins sont très variés : handicap, difficultés sociales, rythme de sommeil des adolescents. L’idée est de partir de l’élève pour organiser l’école, et d’en faire un changement de posture, qui demandera du temps. Il s’agit aussi de préparer les jeunes à un monde où l’intelligence artificielle change l’accès aux savoirs. Deux apprentissages sont mis en avant : lire et comprendre des textes complexes, et développer les compétences psychosociales, c’est-à-dire savoir gérer ses émotions et entrer en relation avec les autres.
Des enseignants aux missions toujours plus nombreuses
L’école française repose sur un triptyque : un professeur, une classe, une discipline. Or on a ajouté aux enseignants l’éducation au climat, à la vie affective, la prévention, la gestion de classes très hétérogènes, sans accompagnement ni reconnaissance. Le rapport propose d’impliquer d’autres professionnels, comme la médecine scolaire et les équipes de prévention. Il suggère aussi de profiter de la baisse du nombre d’élèves, environ 15 % d’ici 2037, pour réorganiser le système.
Une transformation à conduire sur dix à quinze ans
Le rapport ne dicte pas de recette : il invite à sortir d’un système prescriptif. Pour Laure Saint-Raymond, une telle transformation demande au moins dix ans, ce qui ne correspond pas au temps du politique. Elle plaide pour une vision stratégique tenue dans la durée et pour plus de marge de manœuvre laissée au terrain. L’Académie des sciences veut faire de l’école un enjeu de la présidentielle de 2027 et organisera en janvier, à l’Institut de France, un colloque avec d’autres institutions.
L'École, un héritage à transformer : découvrir le rapport sur le site de l'Académie des sciences.