
La guerre de Crimée : un laboratoire oublié de la diplomatie multilatérale
À Paris, plusieurs lieux familiers comme le boulevard Sébastopol, la station de métro Crimée ou encore le pont de l’Alma, portent le nom d’événements liés à un conflit aujourd’hui largement méconnu : la guerre de Crimée. Longtemps considérée par l’historiographie comme un épisode secondaire, sans portée décisive pour la France, cette guerre mérite pourtant d’être réévaluée. Entre 1853 et 1856, elle mobilise les principales puissances européennes et provoque la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. Surtout, elle constitue un moment charnière dans l’histoire des relations internationales. Le conflit voit en effet l’émergence de nouvelles pratiques de diplomatie collective et l’affirmation d’une conception renouvelée de l’organisation de la paix après la guerre. L’historien Yves Bruley, membre correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques, présente les enjeux et les héritages de cette guerre longtemps restée énigmatique.
Yves Bruley est spécialiste de l’histoire diplomatique. Il est l’auteur d’un ouvrage consacré à la guerre de Crimée dans la collection Que sais-je ?.
Une guerre longtemps reléguée au second plan
Jugée secondaire au regard des conflits du XXe siècle, la guerre de Crimée a souffert du discrédit porté au Second Empire après 1870. Parce qu’elle fut un succès diplomatique de Napoléon III, la Troisième République a contribué à en atténuer l’importance. Yves Bruley analyse le décalage entre mémoire et histoire : perçue comme majeure à l’époque, la guerre a ensuite été reléguée pour des raisons autant politiques qu’historiographiques.
Empire ottoman, Russie et équilibre européen
Au début des années 1850, l’Europe sort des révolutions de 1848. Face à un Empire ottoman affaibli, qualifié « d’homme malade de l’Europe », la Russie cherche à étendre son influence là-bas, notamment en se posant en protectrice des populations chrétiennes. Mais l’enjeu véritable concerne l’équilibre des puissances et le contrôle stratégique de la mer Noire. Le refus britannique puis français d’un tête-à-tête russo-ottoman transforme la crise en conflit européen majeur, culminant avec le siège de Sébastopol.
1856 : le tournant diplomatique du Traité de Paris
Au-delà des opérations militaires, Yves Bruley met en lumière l’importance du Traité de Paris de 1856 qui met fin à la guerre. Le traité marque une étape décisive dans l’histoire de la diplomatie multilatérale : format rationalisé, négociations structurées, participation des vaincus. Cette guerre constitue ainsi un moment fondateur du droit international moderne.
Ouvrages associés
