Jacques Monod, le Prix Nobel qui a marqué la biologie moderne

Maxime SCHWARTZ
Avec Maxime SCHWARTZ
Correspondant

« Je cherche à comprendre » : tels auraient été les derniers mots de Jacques Monod, mort il y a cinquante ans. Une épitaphe qui résume une vie hors du commun. Prix Nobel de physiologie ou médecine en 1965, résistant, philosophe et musicien, ce pionnier de la biologie moléculaire a bouleversé notre conception du vivant en contribuant à démontrer que les gènes ne s'expriment pas de façon mécanique, mais s'activent et s'éteignent selon les besoins de la cellule. Un héritage que la France honore cette année : le biologiste figure au calendrier des commémorations nationales de France Mémoire 2026.

Émission proposée par : Marie Cathelin
Référence : SV82
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Invités : 

Le biologiste Maxime Schwartz est membre correspondant de l'Académie des sciences. Ancien directeur de l'Institut Pasteur, il a réalisé sa thèse sous la direction de Jacques Monod.

Stuart Edelstein est biophysicien. Il a travaillé dans le laboratoire de Jacques Monod à Paris à la fin des années 60. 

L’expérience qui va tout changer 

Tout part d'une observation en apparence anodine : lorsqu'on place des bactéries en présence de deux sucres à la fois, elles ne les consomment pas simultanément : elles épuisent d'abord le premier, marquent une pause, puis s'attaquent au second. En cherchant à comprendre cette mystérieuse phase de latence, qu'il appellera la « diauxie », Jacques Monod met en évidence que les gènes ne s'expriment pas en continu, mais disposent d'un mécanisme de régulation, une sorte d'interrupteur qui les active ou les éteint selon les besoins de la cellule. Formalisé avec François Jacob dans le fameux « modèle de l'opéron », ce principe révolutionne la biologie : pour la première fois, on comprend comment un organisme adapte son fonctionnement interne en temps réel. Une intuition dont les prolongements sont encore au cœur de la recherche sur le cancer aujourd'hui.

Un savant pleinement engagé dans son siècle

Mais Jacques Monod ne se cantonne pas à son laboratoire. Résistant actif pendant l’Occupation - arrêté une fois par la Gestapo avant de rejoindre l'état-major de de Lattre de Tassigny -, il quitte le Parti communiste pour dénoncer publiquement l'imposteur Lyssenko, qui avait détruit la génétique soviétique. Nommé directeur de l'Institut Pasteur en 1971, il redresse une institution en crise financière et scientifique, avec le soutien décisif de Simone Veil. Il fait paraître au même moment Le Hasard et la Nécessité, œuvre philosophique issue de sa leçon inaugurale au Collège de France, qui pose avec clarté la question du sens dans un univers régi par le hasard. 

« Jacques Monod, pionnier de la biologie moderne », un article de Maxime Schwartz à lire ici.

À l'occasion du cinquantenaire de la mort de Jacques Monod, France Mémoire publie un dossier complet (ici).

© Institut Pasteur - photo Madeleine Brunerie

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