François-Joseph Talma, l'acteur préféré de Napoléon
Sociétaire de la Comédie-Française dès 1789, François-Joseph Talma est un homme aux fortes sympathies révolutionnaires, qui fait très vite du théâtre une caisse de résonance politique. Révolutionnaire dans sa jeunesse, l'acteur le plus célèbre de son époque devient ensuite l'un des proches de Napoléon Bonaparte, qu'il rencontre au milieu des années 1790. De leur passion commune pour le théâtre naît une véritable connivence, qui trouve aussi un prolongement diplomatique : François-Jospeh Talma sera associé aux grands rendez-vous européens du règne. Deux cents ans après la mort de l'acteur, Vivien Richard, conservateur du patrimoine au musée des châteaux de Malmaison et Bois-Préau et commissaire de l'exposition « Talma et Napoléon » (jusqu'au 30 septembre à Ajaccio), revient sur les ressorts de cette relation.
Vivien Richard est conservateur du patrimoine, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau.
Une rencontre entourée de mystère
La date exacte de la première rencontre entre Talma et Bonaparte reste incertaine : selon les sources, elle aurait eu lieu en 1794 ou en 1795, un flou entretenu volontairement par les deux hommes de leur vivant. Napoléon était un grand amateur de théâtre, une tradition familiale, et s'y rendait en moyenne une fois par semaine sous le Consulat et l'Empire.
Le théâtre comme instrument diplomatique : le congrès d'Erfurt
En 1808, François-Joseph Talma accompagne Napoléon lors du congrès d'Erfurt, grande réunion réunissant les souverains d'Europe, à commencer par le tsar Alexandre de Russie. Accompagné des acteurs de la Comédie-Française, Talma y joue notamment Britannicus de Racine et Œdipe de Voltaire. Un moment est resté célèbre : lors de la déclamation du vers « L'amitié d'un grand homme est un bienfait des dieux », le tsar se serait levé pour aller serrer la main de Napoléon. On parlera de ces représentations comme du « parterre des rois ».
Une fidélité qui dépasse la mort de l'Empereur
La relation entre les deux hommes survit à la chute de Napoléon. En 1814, lors de la première abdication, Talma lui adresse une lettre d'adieu poignante. Après la mort de l'empereur à Sainte-Hélène en 1821, Talma incarne le rôle de Sylla dans une pièce d'Étienne de Jouy : grimé d'une manière qui rappelle Napoléon, il donne à la foule l'impression de voir « le spectre » de l'empereur sur scène. Jusqu'à sa propre mort en 1826, Talma refusera de jouer chaque 5 mai, jour anniversaire de la disparition de Napoléon.
Du 20 mars au 30 juin, puis du 1er au 30 septembre 2026, le musée national de la Maison Bonaparte à Ajaccio présente, en partenariat avec la Comédie-Française, une exposition consacrée au tragédien François-Joseph Talma (1763-1826) et aux liens singuliers qui l’unissent à Napoléon Bonaparte.
Commissariat : Vivien Richard, conservateur du patrimoine, musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-Préau, avec la collaboration de Jean-Marc Olivesi, conservateur général du patrimoine, musée national de la Maison Bonaparte.
Cette émission s'inscrit dans la programmation de France Mémoire, la mission des commémorations nationales, qui a inscrit à son calendrier 2026 le bicentenaire de la mort de François-Joseph Talma.
Lire le dossier de France Mémoire consacré à François-Joseph Talma.
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