Dans les coulisses de la dixième édition du Dictionnaire de l'Académie française

Amin MAALOUF
Avec Amin MAALOUF de l’Académie française,
Michel ZINK
Avec Michel ZINK de l’Académie française,
Membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres

Depuis sa première édition en 1694, le Dictionnaire de l'Académie française perpétue une tradition pluriséculaire : dire le bon usage de la langue française. La Compagnie travaille actuellement à sa dixième édition, entamée il y a deux ans. Pour faire connaître l'avancée de ce chantier au grand public, l'Académie a décidé de créer un nouveau rendez-vous annuel : la Journée du dictionnaire. Organisée chaque début juin, elle permettra de présenter, année après année, les mots nouvellement entrés dans le Dictionnaire. Pour en parler, l'écrivain Amin Maalouf, prix Goncourt et Secrétaire perpétuel de l'Académie française, est accompagné du philologue et spécialiste de littérature médiévale Michel Zink, de l'Académie française et Secrétaire perpétuel honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres.

Une mission héritée du Cardinal de Richelieu

L'histoire du Dictionnaire est indissociable de celle de l'Académie française, fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, qui voit dans la langue un outil d'unification du royaume. Il confie à la nouvelle Compagnie le soin de lui « donner des règles certaines » et de la rendre « pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences », selon les termes de ses statuts. Il s'agit alors d'affranchir le français du latin, seule langue de savoir reconnue jusque-là, pour en faire une langue capable de tout exprimer : droit, sciences, littérature, etc. Depuis, la conception même du Dictionnaire n'a cessé d'évoluer, passant d'un idéal réservé à l'élite de la cour et de la ville à un usage aujourd'hui bien plus large.
 

Une méthode de travail renouvelée

Fait inédit pour cette dixième édition : les académiciens ne suivent plus strictement l'ordre alphabétique. Certains mots ont été traités en priorité .Autre nouveauté : chaque article publié en ligne est désormais daté. L’objectif est de pouvoir suivre, au fil du temps, l'évolution du sens des mots, sans que l'Académie ait à renier ses définitions passées. Les éditions elles-mêmes ne seront plus seulement numérotées mais bornées dans le temps : la dixième doit s'achever autour de 2050.

De nouveaux mots, entre technologie et francophonie

Environ 350 mots ont déjà fait leur entrée dans cette dixième édition. Parmi eux, des créations récentes liées aux nouvelles technologies, des mots redevenus courants comme « abuseur », ou encore des termes plus inattendus comme « abandonnique ». L'Académie intègre aussi davantage de mots issus des régions françaises et de la francophonie : Amin Maalouf cite ainsi le mot haïtien « fréquent », employé pour qualifier une personne insistante. Le vocabulaire scientifique et médical, popularisé par l'usage d'Internet, occupe également une place croissante, à mesure que la frontière entre langage spécialisé et langage courant s'estompe.

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