
Alerte sur le patrimoine !
Il serait difficile aujourd’hui d’imaginer la France sans ses monuments : Notre-Dame de Paris, le Mont-Saint-Michel, Giverny ou encore l’Arc de Triomphe façonnent le visage du pays et participent à son rayonnement. Chaque année, des millions de visiteurs viennent les admirer, contribuant à faire de la France la première destination touristique mondiale. Derrière cette vitrine prestigieuse se dessine une réalité plus préoccupante. Le patrimoine français, qu’il soit monumental, muséal ou religieux, se fragilise. À l’usure du temps et à la pression touristique s’ajoutent des menaces plus insidieuses : vieillissement accéléré des matériaux, effets du changement climatique, actes de vandalisme ou encore insuffisance des moyens consacrés à l’entretien. Maryvonne de Saint-Pulgent, ancienne directrice du patrimoine au ministère de la Culture et autrice du tract Gallimard Alerte sur le patrimoine, propose un état des lieux précis de la situation et avance plusieurs pistes pour assurer la transmission de cet héritage.
Une invention moderne
Le patrimoine n’a pas toujours existé comme notion culturelle. C'est au XIXe siècle qu’il devient un outil politique et symbolique, sous l’impulsion de Guizot, pour réconcilier les Français autour d’un passé commun. Classer, protéger, restaurer : l’État s’engage progressivement à préserver monuments et œuvres au nom de l’histoire et de l’art. Aujourd’hui, la notion s’est élargie à l’extrême : monuments, musées, archives, archéologie, patrimoine immatériel… Cette « explosion patrimoniale » témoigne d’un attachement profond des Français - les monuments et musées constituent leur première sortie culturelle - mais elle pose aussi question : peut-on tout protéger durablement ?
Un patrimoine fragilisé par de nouvelles menaces
Contrairement aux idées reçues, le patrimoine ancien n’est pas forcément le plus vulnérable. Les bâtiments du XXe siècle vieillissent parfois plus mal que les édifices séculaires, en raison des matériaux modernes, comme le béton, le métal ou le verre, sujets à des pathologies propres. Mais les monuments historiques ne sont pas épargnés. Le changement climatique multiplie les risques : sécheresses suivies d’inondations, tempêtes de grêle, prolifération d’insectes, pollution chimique. À cela s’ajoutent les actes criminels (vols spectaculaires, incendies d’églises) qui révèlent la difficulté croissante à sécuriser des lieux par définition ouverts au public.
Qui doit payer pour sauver notre “or noir” ?
Alors que les besoins explosent, les crédits publics stagnent ou diminuent. Le mécénat s’est imposé comme une solution incontournable, mais il n’est pas neutre : il privilégie les sites les plus prestigieux et peut orienter les priorités au détriment des urgences invisibles.
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